J’ai pris une feuille blanche dans le bac à papier de l’imprimante. J’ai cherché ma page “à lignes ” pour écrire droit -je te dois au moins ça-, je l’ai trouvée sous le dictionnaire qui traine par terre –je sais, ça n’est pas sa place, mais enfin…-. Je me suis installée à mon bureau. Pas de musique, pas de lumière particulière, pas d’ambiance pouvant altérer mes pensées et mes mots. J’ai pris un stylo à bille qui trainait là, il écrit bien, il est agréable à prendre en main, ça tombe bien. Pour ce que j’ai à faire. Ce que j’ai à dire. Les mots sont tombés sur ma feuille. Ton prénom d’abord, tout en haut, bien au milieu, là où il a longtemps été pour moi. Et puis des phrases, des points, des accents, tout ce qu’il faut pour être simple, pour être franche, pour ne pas blesser même si je sais que rien n’y fera. Je couche mes pensées et j’ai mal. Oui.

Je ne m’aime pas, là. “Toi aussi un jour tu me décevras.” Ce jour est arrivé ma belle. Je préfère fuir, t’écrire plutôt que te parler. Éviter une confrontation qui me mettrait mal à l’aise et me ferait regretter un acte pourtant nécessaire. Mettre un point final à tout ça. Mon prénom en bas, sous mes sentiments, sous ma lâcheté, sous ma peine. Me relire. Corriger deux fautes qui n’en sont pas vraiment, juste pour te garder encore un peu, avoir l’illusion que je peux oublier. Plier la feuille en quatre. Attraper une enveloppe. Non pas celle-là, trop classique. Celle-ci, modèle unique sur mon bureau, même si il en existe des tonnes dans toutes les librairies. Celle-ci parce qu’elle est jolie, même si elle est toute blanche. Celle-ci parce que je la gardait pour une occasion particulière, un moment important. Ton adresse que je ne trouve pas tout de suite. La mienne au dos, les lettres anonymes n’ont jamais été mon fort. Lâche mais honnête. Glisser la feuille noircie dans l’enveloppe, ne pas la sceller tout de suite. Me réserver le droit de relire mes mots, de me les rendre réels. Coller mon dernier timbre. Et attendre de passer devant une boîte pour la poster… Et attendre. Et oublier.

 

Je bloque les commentaires sur ce billet. J’ai perdu une amie et je l’ai enfin accepté. Mais j’ai mal. Point.

 

À demain pour un billet plus joyeux… 

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